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<title>Ernest Pépin</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com</link><description></description><copyright>Copyright Carib Creole One</copyright><pubDate>Tue, 8 Jul 2008 00:26:43 0JulGMT</pubDate><item><title>DISCOURS D’OUVERTURE DU FESTIVAL DE FORT-DE-FRANCE / JUILLET 2008 dédié à Pierre Aliker</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-61-discours-d-ouverture-du-festival-de-fort-de-france-juillet-2008-dedie-a-pierre-aliker.html</link><description>&lt;div align="justify"&gt;Mesdames, Messieurs,&lt;br&gt;&lt;br&gt;Je remercie les organisateurs du Festival de Fort-de-France de m’avoir invité à prononcer le discours d’ouverture de cette importante manifestation dédiée au très regretté Aimé Césaire. Inestimable honneur et lourde responsabilité car il s’agit, par delà les exigences protocolaires, de dialoguer avec la plus haute des consciences. Ce qu’en d’autre mot, Baudelaire appelait un « phare ».&lt;br&gt;Et c’est bien d’un phare que je voudrais vous parler pour dire d’abord qu’il des lumières qui ne s’éteignent jamais. Venues des profondeurs de l’univers, elles tracent sur leur passage des sillons sublimes en nous imposant de féconder leur beauté, leur vérité, leur justice et ce je ne sais quoi de proche et d’inaccessible où fermente la condition humaine.&lt;br&gt;Venues des profondeurs de l’univers, elles bousculent les imaginaires, enflamment les mots, essorent les pensées, et dessinent en chacun la fleur incandescente d’un soleil accordé à son propre génie.&lt;br&gt;Aimé Césaire demeure ce génie là ! C'est-à-dire ce poète inclassable qui prend le relais des mains d’une lignée de créateurs non seulement inspirés mais surtout inspirant.&lt;br&gt;A ce génie, il fallait une terre. Une terre convulsionnaire, habillée de laves, boutonnée de pitons, enlianée dans une végétation crépue, bouillonnante, insurgée contre le couteau de l’île, hantée par des phosphorescences protéiformes, par des cadences de rivières et des lamentos de mer hérissée de remords. Et ce fut la Martinique ! La Martinique que l’on voyait exotique, que l’on voulait doudouiste, et que berçaient avec  des vers invertébrés des poètes aveugles au limon de l’histoire.&lt;br&gt;La Martinique que l’on croyait aliénée à tout jamais alors même qu’elle tissait à grands ahans de misère les fils d’une culture créole.&lt;br&gt;La Martinique dont Schoelcher, Gauguin, Lafcadio Hearn, voyants fascinés, avaient sondé les plis les plus secrets et révélé les fastes les plus intimes.&lt;br&gt;Et au-delà de la Martinique, la couvaison inédite des îles de la Caraïbe méditant d’impossibles libertés ou de sanglantes libérations.&lt;br&gt;Et au-delà encore, un monde colonial enrobé de mensonges, accroché à ses impostures, miné par le racisme, la montée du nazisme et gangréné par les pustules d’un humanisme de mauvais aloi.&lt;br&gt;Voilà la terre où poussa le cri de la négritude, bel épi flambé par des foudres inconsolées.&lt;br&gt;A ce génie là, il fallait un peuple à extraire de la gangue des blessures de la traite, de la déportation, des habitations, des dominations humiliantes, des dépendances névrotiques et des économies truquées. Le peuple martiniquais, tapi dans les mangroves hystériques d’une société antisociale, embusqué dans des marronnages inconscients, tourmenté tout de même par l’idée d’une justice et par le décours des mémoires inapaisées, vague après vague, frappait des rivages rêvés et rêvait d’une possible investiture des vents de la liberté. Grèves, révoltes, martyrs, revendications, migrations faisaient tourner l’histoire, certes chaotiques, en toupie folle d’une espérance brouillonne. Mais au-delà, d’autres peuples battaient la sanglante monnaie des émancipations. Depuis longtemps l’histoire avait crépité de leurs tambours. Haïti avec Toussaint-Louverture et Dessalines. La Guadeloupe avec Louis Delgrès, Ignace et Solitude, la Jamaïque avec les nègres marrons, Marcus Garvey, Claude Mac Kay, Cuba avec José Marti pour ne citer que les plus connus.&lt;br&gt;Mais au-delà, l’Afrique encagée et saccagée grondait, l’Amérique noire creusait la route des émancipations parmi d’étranges fruits suspendus aux arbres du lynchage.&lt;br&gt;L’Europe, elle-même tanguait sur les eaux du communisme, du fascisme et des féodalités poussiéreuses. La 2ème guerre mondiale amassait la défaite des pensées occidentales avant de mettre à nu les leurres d’une civilisation prédatrice.&lt;br&gt;Dans ce contexte, la Revue du Monde Noir de Paulette Nardal, l’Etudiant Noir animé par Aimé Césaire, la Négritude fondée par Damas, Césaire et Senghor siginifiaient que l’avant-garde n’entendait pas garder les bras croisés devant « l’omni-niant crachat ».&lt;br&gt;A ce génie, il fallait une pensée. Et ce fut la négritude ! Un brûlot ! Un tournoiement vertigineux ! Une insolence ! Une position verticale ! Une proposition radicale ! Un procès ! Un retournement du retourné ! Un blason orgueilleux ! Une trouée inédite !&lt;br&gt;Je ne reprendrai pas ici les multiples débats qui ont parfois corrompu le mot « négritude ». Je dirai simplement que c’était une avancée considérable dans le monde des idées et surtout une avancée universelle. Il était bel et bon, de réintégrer « les damnés de la terre » dans le cercle brisé de la famille humaine. C’était non seulement une réponse digne à des siècles égarés mais encore un plaidoyer pour un autre du monde. Un monde sans colonialisme, sans racisme, sans cruautés déshonorantes, sans pensées obscurcissantes, où les mots et les idées peuvent enfin sonner vrai. Utopie me direz-vous ! Je dis oui, assurément ! Qu’avons-nous comme mission sur cette terre sinon d’enfanter des utopies. L’homme est un animal utopique ! La vie elle-même est une utopie sans cesse bricolée entre hasard et nécessité. L’univers est une utopie !&lt;br&gt;Mais il est des utopies qui rabaissent et des utopies qui élèvent haut la conscience de la conscience.&lt;br&gt;Rendons à Césaire ce qui appartient à Césaire ! La négritude a voulu domicilier tous les humains écrasés par les maltraitances de l’histoire – et singulièrement de l’histoire coloniale – dans le courant de la liberté pour tous, de l’égalité entre tous, de la fraternité entre tous ! C’était un idéal républicain mais étendu à tous ! Le nègre dans l’affaire n’est que le symbole des offensés, depuis les lectures douteuses de la Bible, les errements de Hegel à propos de l’Afrique, les faussetés scientifiques, les élucubrations des racistes de tout bord, les légitimations idéologiques des colons etc. Il fallait donc changer la perspective, remettre en question les héritages, exercer un droit d’inventaire, reformuler l’informulé, exhiber le non-dit et dire l’inconcevable.&lt;br&gt;A ce génie là, il fallait une œuvre !&lt;br&gt;On a tout dit de l’œuvre d’Aimé Césaire et on n’en a rien dit. Le propre des œuvres géniales c’est précisément d’offrir des horizons infinis. J’ajoute que pour ma part lire Césaire uniquement à travers le prisme contingent de la négritude c’est rétrécir et son discours et son talent. Césaire transcende la négritude comme Breton transcende le surréalisme, comme Picasso transcende le cubisme. &lt;br&gt;Il la transcende en ce que, poète, il a rendez-vous avec les impasses, les dévoiements, les poisons du monde pour tenter d’ouvrir les salutaires brèches où le destin se convertit en mots volés au soleil de la conscience.&lt;br&gt;Il la transcende parce que la poésie n’est pas un porte-parole mais « La » parole sortie nue et crue du laboratoire imprévisible de l’imaginaire.&lt;br&gt;Il la transcende parce qu’il s’est donné pour mission d’exploser le tombeau des surdités et de révéler (ou de réveiller) les vertus des braises au cœur même du vivre. Et c’est pourquoi sa poésie loin d’être une combinatoire compassée et corsetée est, au sens rimbaldien, un dérèglement où des voyances hoquetées déchirent le placenta des mémoires du monde et roulent les somptueux tonnerres d’une vérité intime et collective. Elle nous ramène à la fidélité des origines, à l’éventail ouvert des différences, au mât de l’identité, à la vibration des cultures, à la porosité de la trame humaine. Et c’est densité comme un matériau où se condensent les éclats et les opacités d’un levain de croissance libre. Celui de la réconciliation postulée et de l’équilibre retrouvé. &lt;br&gt;Qu’est-ce qui fait la beauté de la poésie de Césaire ? &lt;br&gt;D’abord, elle ne se soucie pas de beauté mais de puissance. Ensuite, elle s’amarre au langage secret du paysage. Enfin, elle chevauche l’hippocampe des rêves et les cratères de l’inconscient collectif. Aux mots de se plier à cette chevauchée et d’aller boire à la source des blessures sacrées. Copeaux d’images, voletant en tout sens. Ruminations débridées. Ruptures incessantes. Jointures insolites. Cadences rageuses, frémissantes de tendresse, amies de l’introspection, généreuses et tourbillonnantes. Voilà l’arsenal des armes miraculeuses et la fête des accordailles avec l’énergie des lucidités foudroyantes. Ce à quoi, il faut ajouter son immense culture. La Bible, les mythologies, les soubassements gréco-latins, Claudel, Rimbaud, René Char, André Breton, les remontées africaines, les collages créoles et surtout les monstruosités des bateaux négriers que charroie le sang glacé de notre mémoire.&lt;br&gt;Il s’agit d’une écriture profondément lyrique déployée en vagues hurleuses fouettant les durs récifs d’une raison truquée et d’un humanisme par trop étriqué. Et chaque frappe déchiquetaille la phrase, l’oblige à des contorsions rusées, à des esquives inattendues, à des éclaboussures scintillantes, à des mobilités surprenantes.&lt;br&gt;Vous l’aurez compris, l’effet est de déséquilibrer les édifices prétendument cartésiens par une sorte de surenchère de la raison, par une sorte de démesure à la fois baroque et ciselée.&lt;br&gt;Il s’agit d’une écriture qui sait aussi se concentrer en des dits lapidaires, s’ouvrir au tranchant des blessures historiques ou intimes, se concasser en semis rêche ou en hoquets lancinants.&lt;br&gt;Cette écriture là, remonte d’abord de la cale du bateau négrier pour ensuite épouser les pulsions et les impulsions d’un tournoiement qui, entre vertige et mémoire, tente de retrouver la trace d’un ciel à jamais perdu.&lt;br&gt;Toutes les pesanteurs tragiques de la plantation, toutes les folies de la domination, toutes les norias d’une histoire aveuglée par la douleur existentielle, toutes les impasses de la soumission, toutes les malédictions du racisme sont dynamitées par cette écriture accorée à un refus majeur : celui de la déshumanisation.&lt;br&gt;Et c’est cela le défi relevé en des phrases convulsives brandies comme un bouclier, levées comme des lances enflammées pour, précisément préserver la possibilité d’une réconciliation avec soi-même et avec tous les monstres infâmes qui déshonorent la dignité humaine.&lt;br&gt;D’où une posture biblique, tour à tour implorante, tour à tour insolente, tourmentée par la sainte colère d’un Moïse armé des tables de la loi.&lt;br&gt;D’où cette écriture d’un missionné de la damnation et de la rédemption tout uniment voué au salut.&lt;br&gt;&lt;br&gt; « Embrassez-moi sans crainte…Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai. »&lt;br&gt;&lt;br&gt;Parole palimpseste où grouille, en dessous, un savoir encyclopédique donnant à entendre, en dessus, le précipité chimique des transmutations, des combustions, des explosions, d’une matière verbale instable que le poète se doit de dompter pour « conjurer l’informe ».&lt;br&gt;Parole donc de plaidoirie (Le discours sur le colonialisme/ La lettre à Maurice Thorez) traquant en procureur exalté la faute de la faute, le frauduleux, l’illégitime, « la lèpre hideuses des contrefaçons ». pour obtenir quitus d’un péché illusoire : celui d’être nègre !&lt;br&gt;J’ai entendu dans un film le dialogue suivant :&lt;br&gt;-	De quel droit avez-vous bousculé cette femme ?&lt;br&gt;-	Où avez-vous vu une femme ? Je ne vois que des négresses ici !&lt;br&gt;Cette réplique en dit long sur ce qu’il fallait combattre non pas seulement en s’y opposant mais en démantibulant, pièce par pièce, les soubassements intellectuels, idéologiques, esthétiques de ce devoir de violence que s’arrogeait la civilisation occidentale. La violence suprême étant le droit à la violence impunie ! Un droit dont le code se nourrissait de toutes les hypocrisies, de toutes les négations, de tous les mensonges qui articulent les rouages d’une idéologie travestie en vérité  universelle.&lt;br&gt;Il suffit de relire le discours sur le colonialisme pour comprendre que face au discours DU colonialisme, il fallait un contre-discours, une contradiction ayant pour objectif d’invalider la méthode du discours et le discours de la méthode coloniale.&lt;br&gt;Au cœur de ce discours, l’Autre, prisonnier d’une tératologie imaginaire, l’Autre disqualifié en raison même de son altérité, l’Autre comme masque hideux de la part refusée de soi-même. L’autre, infrahumain, extra-terrestre, « fumier des champs de cannes », l’autre non pas échu mais déchu à cause du primat de l’Occident.&lt;br&gt;Et c’est ce discours sur l’Autre que Césaire fait remonter des caves du Vatican, des souterrains de la philosophie, des égouts (pensons à Victor Hugo !) de tout le système où s’élaborent l’exclusion et la domination d’une grande partie du genre humain.&lt;br&gt;Discours inévitablement subversif par son origine, par son projet, par sa formulation clarifiante.&lt;br&gt;Il ne s’agit pas, en effet, de se plaindre ! Il ne s’agit pas de gémir sur soi en un indépassable ressassement !  Il s’agit de sauver la victime ET le bourreau en les entraînant dans le seul espace où leur relation peut devenir humaine : celui de l’humanisme !&lt;br&gt;Les mots de la victime charroient des squelettes, des requins, du sang, des rêves effondrés, des cauchemars tenaces, des impossibles de l’existence, des sanglots noirs.&lt;br&gt;Cependant loin de se stériliser dans le crachat des douleurs, les mots de la victime reconfigurent la pensée, postent une espérance car ils saisissent la totalité de l’humain.&lt;br&gt;Il est place alors pour des trouées de tendresses, des chevelures déployées, des rousseurs splendides, des ailes de menfenils, des pollens.&lt;br&gt;Autant le vocabulaire des douleurs est biologique, autant celui de l’espérance s’amarre souvent au paysage (extérieur et intérieur) comme la barque à une terre promise. &lt;br&gt;Les mots du bourreau sont inscrits en creux dans cet inventaire poétique de l’inacceptable. Ils sont présents dans les traces, les cicatrices, les sillons telle une écriture dans l’écriture qui vient épaissir le sens et le sang.&lt;br&gt;Le passage de la terre damnée à la terre promise, de la barbarie à l’humanisme, s’opère par tous les supports de la migration, du voyage, du mouvement  (cheval), du flux et même de la germination. Toute une prolifération énergétique est alors convoquée.&lt;br&gt;Il n’échappera à aucun lecteur que nous nous trouvons devant une poésie-paysage.&lt;br&gt;Je veux dire que le paysage est, dans l’œuvre d’Aimé Césaire la matrice d’une poétique constamment animée par les valeurs symboliques du désastre ou du salut. Une vision animiste, vitaliste du paysage s’impose au poète. Son action, dès lors, relève du déchiffrement d’un autre langage dispersé dans les mares, les mangroves, les plantes, les volcans, la mer, les mornes etc. Le paysage se lit et, se lisant, engendre les images, les symboles, les raccourcis d’une conscience toujours en état d’alerte. Elle détecte comme un sourcier, les fractures, les blessures, afin de tenter le miracle d’une possible guérison par le surgissement total de l’être au monde.&lt;br&gt;Souvenons-nous !&lt;br&gt;«  Les cent pur-sang hennissant du soleil »&lt;br&gt;« Essentiel paysage »&lt;br&gt;« La paupière des brisants »&lt;br&gt;« la mer humant la paix sacrificielle »&lt;br&gt;(in Poèmes : Les pur-sang »&lt;br&gt;«  Bananier pathétique » (in Survie)&lt;br&gt;« Le lait des mancenilliers » (in La forêt vierge)&lt;br&gt;« Les ignames dans le sol marchent à grands pas de &lt;br&gt;Trouées d’étoiles » (in tam-tam II)&lt;br&gt;« Le grand sabre noir des flamboyants » (in Elégie)&lt;br&gt;Il y a tant et tant dans un double processus de déconstruction rageuse et de reconstruction espérante.&lt;br&gt;Comme si le mot, la phrase, le vers, le dit devaient emporter sur leurs semelles la renaturation des concepts les plus abstraits, la domiciliation d’un imaginaire vibrant de tous les dons du paysage et du pays.&lt;br&gt;Il y a dans Aimé Césaire un vieux paysan qui scrute les mystères des fourmis folles, l’invisible poussée de la plante, les formes étranges et contagieuses qui enflamment la beauté barbare d’un réel où les racines se confondent avec les lignes de la main, où le va-et-vient des ordres du vivant, en brisant les frontières, projette l’immense liberté d’une esthétique du désordre et de la communion.&lt;br&gt;Toute sa vie durant, il a tiré du paysage la force d’une revitalisation et la formulation sublime d’un univers où la pensée accepte les métamorphoses qui charroient les cauchemars et les rêves.&lt;br&gt;Alors on a parlé de surréalisme !&lt;br&gt;On a même parlé de surréalisme noir !&lt;br&gt;« Je n’ai jamais été surréaliste ! » m’a confié Aimé Césaire d’une voix presqu’irritée.&lt;br&gt;Lorsque le regard transforme le regardé en mémoire des origines, en insoutenable défilé de monstres, en coalescence des diversités et pour finir, en principe même des forges de la vérité, le surréel apparaît. Parce que rien n’est plus onirique que le réel. Il suffit d’un microscope, d’une loupe, ou d’une longue vue pour s’en rendre compte.&lt;br&gt;En ce sens, Aimé Césaire est peut-être d’un réalisme minutieux : celui qui restitue au réel toute la lucidité d’un regard fertilisé par la somme des savoirs. Et nous sommes pris avec lui, grâce à lui, dans le « sacré tourbillonnant ruissellement primordial au recommencement de tout. ».&lt;br&gt;Oui ! &lt;br&gt;« Le bananier lustre son sexe violet »&lt;br&gt;Oui !&lt;br&gt;« La mort hoquette comme l’eau sous les cayes »&lt;br&gt;Oui !&lt;br&gt;« Les herbes balanceront pour le bétail-vaisseau doux de l’espoir le long geste de la houle. »&lt;br&gt;Cahier d’un retour au pays natal !  &lt;br&gt;&lt;br&gt;Oui !&lt;br&gt; « nous voulons transformer la rouille et la poussière des rêves en avalanche d’aube. » Paroles d’îles.&lt;br&gt;Et qu’il me soit permis d’ajouter que c’est dans cette lecture du paysage que Césaire est totalement créole.&lt;br&gt;Il faut être créole, intensément créole, farouchement créole pour écrire :&lt;br&gt;« la paupière des brisants se referme »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« feu juste du manguier de nuit couvert d’abeilles »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« lézards avaleurs de soleil »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« le jet du grand mapou »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« la race royale des amandiers de l’espérance »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« le palmier à travers ses doigts s’évade comme un remords »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« les cécropies cachent leur visage&lt;br&gt;Et leurs songes dans le squelette de leurs mains phosphorescentes »&lt;br&gt;&lt;br&gt;« quand les carêmes pourchassaient par les mornes&lt;br&gt;L’étrange troupeau des rousseurs splendides »&lt;br&gt;&lt;br&gt;Quand je dis que Césaire est aussi créole, je veux dire que ces images là sont montées sur un imaginaire créole comme le diamant au sommet de sa bague. Il faut pour écrire cela non seulement une intimité avec le paysage mais encore cette limaille créole qui vient s’aimanter au pur métal des visions.&lt;br&gt;Par contre, il n’est pas que créole. Ouvert à tous les souffles du monde, dès lors qu’ils élargissent, enrichissent, embellissent le monde, il plonge allègrement dans les pensées du monde. L’Europe, l’Afrique, l’Inde, les Amériques, la Chine tendent leurs mots pour démailler le langage et l’installer dans l’éloge de l’universel.&lt;br&gt;Qu’on y prenne garde ! Il ne s’agit pas du vieil universel jaloux, étroit, excluant, fermant ses frontières. Je parle d’un universel accueillant tous les peuples, toutes les cultures dans l’insolite bouquet d’une fraternelle conciliation.&lt;br&gt;Je parle d’un universel qui oblige l’occident, grand chef d’orchestre des cacophonies coloniales, à se repenser en simple composante du grand concert du monde.&lt;br&gt;D’où chez Césaire le primat de l’identité, d’où le respect des cultures, d’où les grands refus d’un nazisme antérieur à Hitler et commué en racisme d’état par lui. Pas mort encore le racisme ! Il pousse ses tentacules empoisonnés dans les coins des intégrismes. Il rampe dans les greniers. Il pourrit des bibliothèques. Il pue dans les temples mêmes de ceux qui traînent l’impossible fardeau de la beauté unique, de la bonté unique, de la morale unique. En un mot de la civilisation unique !&lt;br&gt;Et tant pis pour nous qui ne voyons pas que ladite mondialisation n’est que la forme ultime d’une colonisation encore plus meurtrière car elle tue l’âme des peuples.&lt;br&gt;Quand le monde entier se vêtira de jean ; quand le monde entier aura des perruques blondes ; quand le monde entier fêtera Halloween ; alors sera venu le temps d’une glaciation terrible et inhumaine : celle des cultures mortes et des diversités assassinées !&lt;br&gt;Autrement dit, le combat de Césaire n’est jamais fini ! &lt;br&gt;Il fera nuit sombre sans les épis de lumière de cette poésie là. Aujourd’hui, la révolte gronde dans le slam des jeunes, Césaire était d’un autre slam et d’un autre rugissement ! Il y a tout de même cette continuité : celle des dénonciations, des insolences jaillies des chutes de mots, des confettis d’étincelles, des braises sonores.&lt;br&gt;Et ce sont paroles délinquantes inouïes de nos peuples captifs se passant quotidiennement la corde au cou. A l’école, dans les supermarchés, dans les publicités, dans toutes les images dégradantes de nous-mêmes. Il est temps à la Guadeloupe, en Guyane, à la Martinique que l’on achète plus de livres que de bouteilles de champagne ! Il est grand temps que l’on se condamne soi-même à faire émerger le génie contrarié de nos peuples.&lt;br&gt;Il y avait cette parole. Il lui fallait un moteur et il est dans son rythme de free-jazz, de tambour convulsé, de syncopes drues. &lt;br&gt;On a beaucoup parlé du cri césairien. Il faut tordre le coup à cette surdité. Césaire n’est pas dans le cri, il est dans la profération, dans la rumination dévoilante, dans l’urgence d’une tornade et le chaos d’un cyclone. Sa parole est un cérémonial, non pas à la manière assurée de Saint-John Perse, mais à l’exacerbé d’une transe, mais au désarticulé d’un possédé. &lt;br&gt;De là procède le tout-dire, j’oserai presque ajouter, le dire n’importe comment. Autrement compris, le dire né d’un surgissement où les phrases éclatent comme des gousses de lumière, se retiennent au bord du silence, se rallongent en de surprenantes reptations avant d’atteindre leur proie.&lt;br&gt;Il se dégage une énergie constamment relancée par cette poétique du bouillonnement où le rythme joue le jeu des métamorphoses et des spirales. Bouquets de lucioles, disait-il ! Comment mieux dire ?&lt;br&gt;En des apaisements soudain, tout se calme comme un sommeil de mare. Le mot s’égoutte en petites graines d’une douceur suffocante. Le dire plane, un instant sauvé du désastre.&lt;br&gt;Il faudra un jour étudier le monde intérieur de cette nudité à la exhibée et camouflée. On y trouverait des éclats de visions personnelles, des bribes d’un film secret, des tableaux effondrés, des brulures de l’histoire, des coups de grisou : ce tout condensé et rescapé des fureurs d’un combat ouvert entre le ça, le moi et le surmoi. Tension et surtension  d’un poète-accoucheur de sa propre mythologie. En fait une christologie !&lt;br&gt;La poésie de Césaire, si tellement triste parfois, ne trahit jamais l’espoir. « Espérance à flanc d’abime ». L’espoir est là, maculé par des songeries amères, entouré de sa coque de colère, meurtri par les vagues où s’endorment les victimes, mais toujours là ! Comme s’il s’agissait de préserver sa pépite pour l’offrir aux générations futures. Césaire ne croit ni en l’inertie, ni à la fin du monde. Il habite ce trébuchement épique d’un homme et d’un peuple qui, malgré des pauses douloureuses, des égarements pathétiques, des virages dangereux, se redressent et finissent par avancer sur la crête de leur destin.&lt;br&gt;« construis chaque pas déconcertant&lt;br&gt;La pierraille sommeilleuse&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ne dépare pas le pur visage de l’avenir&lt;br&gt;Bâtisseur d’un insolite demain&lt;br&gt;&lt;br&gt;Que ton fil ne se noue&lt;br&gt;Que ta voix ne s’éraille&lt;br&gt;Que ne confinent tes voies&lt;br&gt;&lt;br&gt;			Avance »&lt;br&gt;(Parole due)&lt;br&gt;Alors, par-delà l’œuvre soufferte et offerte vit le grand balan des héritages. Et au nombre de ceux-ci, la citadelle de la Trénelle et des autres quartiers, le torse bombé de la mairie, le grand coup-de-main qu’est le PPM, le vivier lumineux du SERMAC, les fils rebelles de la créolité, tant et tant de feux de camp allumés dans la culture martiniquaise, guadeloupéenne, guyanaise, tout ce donné que symbolise le Festival.&lt;br&gt;Vous l’avez, chers amis, intitulé « La force de regarder demain » et c’est bien de cela qu’il s’agit.&lt;br&gt;Au bout du petit matin, les étoiles se retirent sur la pointe des pieds. Elles déposent dans nos yeux la trace de leur lumière pour nous aider à regarder le jour en face.&lt;br&gt;Au bout du petit matin les étoiles passent le relais à nos yeux.&lt;br&gt;Ce soir, le festival porte le deuil et l’ombre d’une absence froisse une tristesse que nous partageons tous.&lt;br&gt;Ce soir aussi le Festival retisse l’allégresse parce que nous avons le devoir de regarder demain. Aimé Césaire voudrait qu’il en soit ainsi. Derrière ses lunettes, ses yeux pétillants chantaient la vie, halaient des îles et des continents, éclairaient des fraternités, diluaient toute haine, refusaient tout répit. Ils sont toujours là, sous le Grand Carbet, soutenant l’aller de l’hippocampe, déroulant la belle parole des laminaires, tisonnant les soleils de la création, fécondant ce festival historique.&lt;br&gt;Ce soir le Festival sait que la ville est bien gardée, que la relève est assurée, que Serge Letchimy veille, travaille,  réappareille l’abeille du pays natal, construit. Il tient droit le flambeau et il bâtit la ville comme un poème.&lt;br&gt;Il sait, lui aussi, comme le Docteur Aliker, que « les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises sont les martiniquais ».&lt;br&gt;Je voudrais, avant d’en terminer rendre hommage à une sœur de la Guyane, elle s’appelle Christiane Taubira. Elle est fille d’Aimé Césaire et de Léon-Gontran Damas. Elle est mère de la loi qui a reconnu l’esclavage comme crime contre l’humanité. Elle est d’une certaine manière celle qui a montré le chemin à Obama. Sa présence parmi nous ravive aussi la force de regarder demain.&lt;br&gt;Qu’il me soit permis d’avoir une pensée solidaire pour Annick Thébia, fille à jamais d’Aimé Césaire, pour Roger Toumson fils inconsolé. Pour Raphael Confiant, fils rebelle. Pour Patrick Chamoiseau, fils révélé. &lt;br&gt;Qu’il me soit permis d’avoir une pensée émue pour Camille Darsières, pour Bib Monville, pour Eugène Mona, Henri Guédon et pour toutes celles et tous ceux qui ne sont pas là aujourd’hui pour regarder demain.&lt;br&gt;Qu’il me soit permis enfin de dire, un brin revanchard, à mes anciens élèves de la Martinique : vous comprenez maintenant pourquoi je m’obstinais à vous enseigner l’œuvre d’Aimé Césaire.&lt;br&gt;Je sais que 37 ans après, le Festival de Fort-de-France demeure fidèle à son vouloir initial. Il se voulait fédérateur de talents, soutenu par une pédagogie de la liberté et de l’identité, brasseur d’énergies créatrices et carrefour des imaginaires. Il a tenu bon et le voilà de nouveau fils de nos nostalgies et de nos rêves. Le voilà debout et vivant, haut palmier de nos défis, ouvrant ses yeux entre passé et avenir, avec la force de regarder demain.&lt;br&gt;J’ai écrit dans un poème :&lt;br&gt;« Le mot c’est l’homme habillé de lumière »&lt;br&gt;Je me suis peut-être trompé. Je rectifie et je vous dis :&lt;br&gt;« Demain c’est l’homme habillé de lumière »&lt;br&gt;Avec ce vœu, je vous souhaite un bon festival, un beau festival, un grand festival !&lt;br&gt;Je remercie, Danielle Marceline, Mme la Présidente, je vous remercie toutes et tous et je souhaite la bienvenue à tous les invités du festival.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ernest Pépin&lt;br&gt;Le samedi 5 juillet 2008&lt;br&gt;Festival de Fort-de-France (37ème édition)&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;/div&gt; </description><pubDate>Tue, 8 Jul 2008 04:25:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-61-discours-d-ouverture-du-festival-de-fort-de-france-juillet-2008-dedie-a-pierre-aliker.html</guid></item><item><title>Contre quoi se rebeller ?</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-50-contre-quoi-se-rebeller-.html</link><description>&lt;div align="justify"&gt;CONTRE QUOI SE REBELLER ? &lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;J’ai la haine ! dit le jeune enroulé dans ses tags, scandant son ragga avec des soubresauts de postillons écorchés. Christ vous attend, peut on lire aux carrefours sur une banderole prophétique et prosaïque comme si la parole de Dieu, de plus en plus noyé dans la libre prostitution des valeurs, pouvait conjurer l’apocalypse des 11 septembre, passés, présents et à venir. L’Irak a chaud, de cette chaleur de missiles trouant les fesses du monde depuis des siècles et des siècles. Des empires se désassemblent et tourbillonnent des peuples dans de grands génocides qui savent qu’un enfant-tueur c’est bien mieux pour couper les mains des grands-mères aux seins secs comme des déserts voraces. Des enfants-tueurs qui ont des doigts de marteau-piqueur, des cœurs de tronçonneuse et des rêves de cracks plein les yeux du chômage, à ras-bord des lignes de cocaïne pour défenestrer tous les cauchemars légués par leurs parents violeurs, pédophiles, chasseur de tourisme sexuel, incestueux, alcooliques et pour tout dire pourri jusqu’à la moelle de leurs sexes en vibro-dollars en plein mitan des poupées gonflables qui font le trottoir, de passe-couille en partouze avant d’aller prier à la grand-messe des tiroirs-caisses, des allocations-braguettes et des lassedics.&lt;br&gt;&lt;br&gt;C’est vrai les jeunes, c’est au plus macommères, au plus lesbiennes, au plus…Mais déjanter les rues et braquer des stations avec le coup du bélier, niquer maman et papa, c’est pas mieux ! Non c’est pas mieux !&lt;br&gt;&lt;br&gt;D’abord qu’est-ce qui est mieux quand les girls font miaou et que les matous, à moto, à booster, ou à pied-de-biche, camouflés derrière les locks, prennent bois-bandé et viagra, et macaques, pour faire tourner le manège des tournantes.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Qu’est-ce qui est mieux ? Ces feuilletons cyniques et sirupeux, pleins de soupe de larmes et d’opéra bidon où flottent les mots d’amour comme des queues de cochon dans la gloire d’un samedi d’abattoir. Ou bien ces films porno-suce, porno-défonce, porno-double-pénétrations, porno-godemichet qui souillent l’entrecuisse des nuits les plus pudiques. Ces films pornos qui montrent comment on ouvre les femmes comme des boites de conserves, comment les entartrer de sperme comme de vulgaires chiennes dans la chaleur cathodique des petits matins baveux. Ces films pornos, sans tendresse, ni émotion, qui n’ont même pas de râles, mais des semblants de gémissements clonés sur la bande pré-enregistrée des marchands de dégout. Hymne à la bête sans épaule et aux trous de billards dont les bords déchirés pleurent des orgasmes de carton-pâte aussi laids que des masques à la mort. Hymne à la bête qui façonne, modèle, déforme, mutile notre vision des femmes que nous finissons par prendre, devant et derrière, comme on prend un joint avant de faire le casse-fesses au Carénage du coin. Ces films pornos ! No !No !&lt;br&gt;&lt;br&gt;Qu’est-ce qui est mieux ? Ces guerres en direct aux frappes chirurgicales quand les marchands de canons, d’avions furtifs, de drones font un toucher rectal à d’autres nations pour de sales histoires de pétrole maquillées en contes des mille et une barriques. Un dictateur chasse l’autre dans une ronde sans fin menée par un picsou qui se vautre dans sa bonne conscience de démocrate surarmé comme un faux dévot qui se branle devant la Sainte Vierge Marie en criant que c’est pour prier Dieu. La carte du monde sent mauvais du côté de l’Afrique avec ses odeurs de sida, de famines, de mange-mouches, de guerres tribales, de coups d’Etat sur la tête des pauvres, de cerveaux en fuite, d’ambassades receleuses, de dettes sans fond, de filles excisées, de pillages quotidiens et de tout un troupeau de malédictions qui enjambent les frontières pour s’en aller mourir dans des camps de réfugiés où même les humanitaristes prélèvent leur part de viande fraîche. Laissez venir à moi, les petits enfants !&lt;br&gt;&lt;br&gt;La carte du monde sent mauvais du côté de la Chine où un homme, un seul homme, une petite fourmi d’homme, s’est dressé devant un blindé, alors qu’ils sont des milliards recensés par la police, l’armée et le gouvernement. Ils sont des milliards à qui on peut demander d’acheter la balle qui servira à exécuter les mauvais sujets de la révolution. Des milliards à payer en monnaie de liberté, le bol de riz quotidien à un Notre Père qui n’est pas aux cieux.&lt;br&gt;&lt;br&gt;La carte du monde sent mauvais en Corée, en Tchétchénie, en Russie, en Afghanistan, au Pakistan, en Inde et dans un paquet de pays qui pataugent dans la haine, le fanatisme et toutes leurs composantes militaro-nucléaires.&lt;br&gt;&lt;br&gt;La carte du monde sent mauvais en Europe où derrière les parfums des top-modèles, le bouquet des grands crus, les odeurs du grand luxe et le raffinement du protocole, montent des relents d’extrême-droite, des puanteurs de procès de ripoux gavés de dessous de table, de détournements de fonds publics et privés, d’emplois fictifs, de caisses noires, de fonds secrets, de raisons d’Etat, de pots de vin. Muets ou repentants, ils feignent d’oublier que ces milliards auraient allégé des milliards de souffrances. Ils savent aussi qu’ils peuvent s’absoudre dans l’encre de leurs livres. Ils ont des mémoires courtes et des repentirs juteux.&lt;br&gt;&lt;br&gt;La carte du monde sent mauvais en Amérique latine et dans notre Caraïbe. Cocaïne, Crack, Ganja, et toute sorte  de machines à décerveler, à racketter, à pourrir le sang, à parricider, à trucider, à enviolenter, à maigrir les tempes des plus beaux rêves, à vous faire d’un homme, jeune et fort, une charpie mâchonnant des délires, à vous faire d’une femme un sac d’os n’ayant que son sexe pour payer sa dose avant peut-être de finir dans une poubelle le reste de son suicide quotidien ; toute sorte de cochonneries circulent, montent et descendent sur le dos des narco-états, des narco-trafiquants, des narco-dealers, des narco-finançeurs, des narco-mafieux, des narco-recycleurs, des narco-laboratoires qui lavent toujours plus blanc l’argent-vampire dans des paradis fiscaux où l’air à des senteurs de folies cannibales.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Qu’est-ce qui est mieux ? Haïti, toujours plus bas, plus bas encore, où les chimères tuent ce qui reste de malheureux n’ayant pas pu trouver un canot, un boat-people, un quelconque machin flottant pour se noyer, ou pire être noyés, comme à la belle époque des négriers, pères nourriciers des requins. Sa terre élimée. Sa tête gangrenée. Ses membres dispersés aux quatre coins du monde. Son peuple foulé aux pieds, malgré l’histoire. Dessalines, réveille-toi ! Ils ont fait de Bois-Caïman une forêt d’assassins, d’avorteurs et de pirates !&lt;br&gt;&lt;br&gt;Qu’est-ce qui est mieux ? Cuba ! Ce grand soir où brillait l’étoile de Che Guevara et qui ressemble maintenant aux guenilles d’un rêve. Hasta la victoria ! Venceremos ! Quelle victoire lorsque les requins sont plus forts que la liberté ? Quelle victoire quand Miami clignote au loin comme une fête foraine et une fée marraine ? Quelle victoire lorsque tombent les corps des fusillés dans la mauvaise passe des périodes trop spéciales ? Malgré les circonstances atténuantes, malgré les alibis, malgré ce qui reste de respect pour le souvenir, je demande, honteux moi-même de ma question, Cuba où est ta victoire ?&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et nous mêmes ? Français, Européens, Domiens, Ultra-marins, Américains, Caribéens, nous qui cherchons notre nom dans la gueule de l’histoire. La carte du monde ne sent pas bon chez nous.&lt;br&gt;&lt;br&gt;« Une version absurdement raté du paradis » écrivait Aimé Césaire. &lt;br&gt;&lt;br&gt;Il suffit de pénétrer dans tous ces temples de la consommation qui se haillonnent en flyers dans les boites aux lettres pour comprendre à quel point nous sommes tombés dans tous les pièges tendus par les tiroirs-caisses qui crépitent comme des mitraillettes à chaque veille de Noël, à chaque fête des mères, à chaque Saint-Valentin, à chaque fête des secrétaires, à chaque fête des grands mères, à chaque fête des pères et qui gonflent des caddies fous jusqu’à l’obésité de la surconsommation.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il suffit de voir le long des routes des panneaux mensongers riant de toutes leurs fesses pour vanter tel ou tel objet qui scintille comme la dernière étoile d’un dernier ciel en mal d’amour de soi. Voiture importée, piscine importée, bière importée, igname importée, lunettes importées, salle de bain importée jusqu’à la plus petite tête d’épingle tandis que le marché se meurt et que pourrissent par terre les mangues les plus désespérées de l’univers. &lt;br&gt;&lt;br&gt;Il suffit de voir défiler comme des soldats imbéciles les panneaux 4 par 4, les deux pieds bien plantés dans la mangrove des désirs, des jalousies, des envies qui parasitent nos vies d’acheteurs béats allant à l’abattoir de l’import souillé de rêves de pacotilles qu’on nous vend au rabais, en solde ou promotion.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et le paysage lui-même cache sa honte derrière ces masques, ces cache-misère qui nous font croire que nous appartenons au club des pays développés où le fric coule à flots en charroyant des gadgets dernier cri, des marques et des sous marques, des vêtements griffés que nous payons par tranches de chèques en bois ou avec de l’argent pa tini jusqu’à fatiguer les huissiers, les ventes aux enchères et les commissions de surendettement.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il suffit de voir passer le chapelet des voitures embourbées dans les embouteillages. Les Mercedes font chiens, les BMW font grains de riz, les hauts de gamme pullulent comme des poux sur le crane de nos mornes. On éventre par ici, on élargit par là. On a beau faire, les routes sont trop étroites, trop crochues, trop courtes pour absorber ce vomi de voitures sorti des entrailles des usines du monde entier. En parlant d’usine, ne pas oublier que toutes les nôtres ont fermé leurs portes à l’exception de Gardel et de Marie-Galante !&lt;br&gt;&lt;br&gt;Nous sommes à la mode, mon cher, partout c’est comme ça ! Sauf qu’un beau matin nous allons nous réveiller dans le plus beau cimetière de voitures connu à ce jour. Plus tard, plus triste !&lt;br&gt;&lt;br&gt;Nous sommes à la mode aussi en saccageant une île qui aurait pu être le fleuron de la Caraïbe. Nous lui trouons la peau matin midi et soir. Et des croûtes de béton surgissent sous forme de lotissements, d’épidémie de villas individuelles, de laideurs sans permis de construire, d’HLM en pleine campagne, de ronds-points aller-virer, de logements très sociaux. Au royaume des bâtisseurs l’île rétrécit pour le plus grand bonheur des spéculateurs de tous bords.&lt;br&gt;&lt;br&gt;L’environnement, Monsieur vous connaissez ?&lt;br&gt;&lt;br&gt;Des carcasses de voitures, des décharges sauvages, des arbres qu’on abat, des chiens crevés, des bœufs sans terre, des dents creuses, des garages à ciel ouvert, des rivières asphyxiées, des pneus qu’on brûle, des champs de cannes qu’on incendie, des bords de mer lépreux, des carrières abandonnées, des poulets-frites au bord des routes, des arrosages de pesticides etc. Etc. Par ici les touristes ! Et par ici nous-mêmes, grands pollueurs devant l’Eternel ! Nous pouvons dormir tranquilles car nous sommes sûrs de léguer à nos enfants une Guadeloupe plus sale, plus dégueulasse, plus laide que celle que nous avons reçue de nos parents !&lt;br&gt;&lt;br&gt;La carte du monde ne sent pas bon chez nous ! Nos cerveaux à cocagne ont toujours de bonnes raisons de déraisonner et d’enjamber les problèmes avec les échasses de nos alibis de circonstances. Tantôt c’est l’esclavage qui explique toutes nos tares de peuplades assistées, tantôt c’est la post-modernité qui excuse nos dérives d’enfants gâtés, toujours c’est l’Etat qui est la cause (et le remède) de tous nos délires et nous tendons nos poings pour mendier avec l’élégance des clochards dorés la manne d’un outre-mer qui pêche ses poissons dans des avions cargos. Nous sommes des forts en grève, des révoltés du samedi soir, des siroteurs du droit à la France mère des armes et des lois, des égoïstes planqués dans le frou-frou des dotations, des subventions, des défiscalisations, des dérogations en murmurant tout bas : pourvu que ça dure !&lt;/div&gt;</description><pubDate>Sat, 26 Apr 2008 13:43:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-50-contre-quoi-se-rebeller-.html</guid></item><item><title>Pour Aimé Césaire</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-49-pour-aime-cesaire.html</link><description>&lt;div align="justify"&gt;Il semait les étoiles du voyage sans retour &lt;br&gt;&lt;br&gt;sur la mer enceinte de nos épouvantails&lt;br&gt;&lt;br&gt;Personne ne le voyait sous la montagne pelée du poème&lt;br&gt;&lt;br&gt;Seul un volcan lui tendait cœur de corail rouge &lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ses mots lapidés saignaient un balisier&lt;br&gt;&lt;br&gt;conjuraient nos îles avortées &lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il accouchait d’un continent perdu&lt;br&gt;&lt;br&gt;Demandait raison aux livres de bord&lt;br&gt;&lt;br&gt;Eclaboussait de graffitis les murs de l’Afrique&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et sa poésie tournait folle dans la toupie des îles&lt;br&gt;&lt;br&gt;Soutenait son regard de royaume dispersé &lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il déclamait un poème d’îles froissées&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et la nuit défeuillait&lt;br&gt;&lt;br&gt;Un calendrier lagunaire et de blessure sacrée&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et debout dans son histoire&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il m’a dit&lt;br&gt;&lt;br&gt;Nègre je suis ! Nègre je resterai !&lt;/div&gt;</description><pubDate>Wed, 23 Apr 2008 11:41:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-49-pour-aime-cesaire.html</guid></item><item><title>Poète, nous te pleurons</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-48-poete-nous-te-pleurons.html</link><description>&lt;div align="justify"&gt;Un phare s’est éteint ! Jamais homme, en Martinique et en Guadeloupe, ne suscita tant de controverses, de polémiques et de débats comme si son œuvre et son action avaient dérangé la fourmilière coloniale d’une manière irrévérencieuse et quasiment « sauvage ».&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il lui avait suffi d’un petit recueil pour mettre le feu aux poudres : Le Cahier d’un retour au pays natal.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il lui avait suffi d’un mot pour brandir le drapeau de la résistance et de la dignité : négritude.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et vinrent les coups de canons que furent le Discours sur le colonialisme, la Lettre à Maurice Thorez, sans oublier l’ouvrage monumental consacré à Toussaint Louverture.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Puis, se voulant pédagogue, il éclaira le ciel du théâtre de fusées salvatrices : La tragédie du Roi Christophe, Une saison au Congo, Une tempête. Autant de questionnements où l’histoire déclinait ses inquiétudes, ses enjeux et ses défis.&lt;br&gt;&lt;br&gt;L’homme politique que toujours le peuple martiniquais plébiscita depuis 1946, avocat inconsolé de la départementalisation, fondateur du Parti Progressiste Martiniquais, député-maire, Président du Conseil Régional, connut les morsures aux jarrets d’une droite fétichiste, les salves contraires des jeunes indépendantistes et l’incompréhension d’une France sourde à ses revendications et plus soucieuse de le déchouquer que de l’entendre.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ce qui avait fait sa grandeur aux yeux des générations anciennes devenait un fardeau voire même, pour certains, un péché.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il aurait été le père suprême de l’assimilation, le responsable de toutes les dérives décriées, le coupable d’une dépendance honteusement couverte d’allocations et de subventions.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il fit front en plaidant que la départementalisation de 1946 était une demande émanant de la gauche, que le contexte de la guerre et de l’après-guerre imposait ce choix, que cela correspondait aux aspirations profondes du peuple. Et peut-être, secrètement, il pensait aux débâcles des indépendances africaines et aux convulsions sanguinaires de la dictature « noiriste » de François Duvalier. On peut penser qu’il guettait un vent de révolte collective, une vraie poussée populaire, un balan de l’histoire qui ne vint jamais. Le radicalisme des écrits se muait, à l’Assemblée nationale en exigence de justice sociale, en « postulation irritée de la fraternité », en tisons d’un humanisme vrai.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Plus qu’un guerrier c’était un avocat !&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et nul ne peut nier que ses plaidoiries furent de grandioses interpellations à une France qui se dévoyait dans la besogne coloniale. Nul ne peut contester que sa poésie, lave effervescente, tentait d’éradiquer, à la racine même, « l’omni-niant crachat » du colonialisme.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Cette ambigüité entre la pureté étincelante du dire et les compromis du faire en dérouta plus d’un. Ils trouvèrent que la statue littéraire manquait de ce socle qui fait les hommes d’état. En fait, ce qui manquait c’était la foi en la violence, les certitudes sectaires, cette passion barbare, ce sens enflé du moi qui font les beaux « libérateurs » du peuple.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Peut-être pensait-il que trop souvent le soleil des indépendances vire en volcan imprévisible d’une dépendance encore plus grande : celle de la misère et de la solitude.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Peut-être que tout simplement, accroché à de grands idéaux, croyait-il que la France pouvait accoucher d’une émancipation généreuse et solidaire.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Peut-être !&lt;br&gt;&lt;br&gt;Toujours est-il que le monde caribéen, afro-américain, africain s’empara de ses mots pour signifier qu’on ne pouvait impunément minorer une partie de l’humanité et qu’il y avait place pour tous au rendez-vous de la fraternité.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et plus l’homme politique s’usait, plus l’œuvre littéraire et militante agrandissait l’horizon, reformulait l’espérance, irriguait les cadastres minés par l’apartheid, le racisme, l’absence d’une utopie refondatrice. Tout cela au point qu’il devint de son vivant l’incarnation même de cette « blessure sacrée », de cet inconfort existentiel, de cette mémoire souffrante, de cette résistance ontologique où s’écrit le destin contrarié des damnés de la terre.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et c’est ce qui nous reste ! Non pas des poèmes mais une pensée de nous-mêmes. Non pas de la poésie mais une pétition. Non pas des mots mais une expression de l’identité. Non pas une esthétique mais une vision. &lt;br&gt;&lt;br&gt;Je n’ai jamais cherché Aimé Césaire dans le mirage de la négritude. Je l’ai trouvé de ce côté où l’homme proteste, parfois en vain, contre le calendrier des humiliations et des damnations de la condition humaine. Ces protestations l’ont érigé en conscience d’une « négraille inattendûment debout ».&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et pourtant c’est un poète ! Un poète comme il en surgit un par siècle ! &lt;br&gt;&lt;br&gt;Poète, parce que ses mots ont su plonger dans la cale des bateaux négriers, transformer les cris de souffrance en voix des peuples, concasser la langue jusqu’à en faire un semis de liberté, thésauriser nos rébellions, espérer une « remontée jamais vue ».&lt;br&gt;&lt;br&gt;Mots d’une histoire singulière, tragique et toujours espérante.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Mots d’une géographie péléenne où viennent boire les mangroves, éclater les coraux, s’enflammer les balisiers.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Mots d’une existence plus tourmentée qu’on ne le croit, trempée dans une foi inébranlable en l’humanité souffrante.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Mots conjugués en flamme de beauté et portant la torche d’une vérité sans pourquoi.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Aimé Césaire, absolument poète, sincèrement poète, mondialement poète. A cette heure où l’ombre attise tes paupières, nous te pleurons ! Désormais, il nous appartient de regarder l’avenir en face  car nous savons que les plus grands bâtisseurs sont ceux qui réveillent l’énergie des cendres à travers les décombres.&lt;/div&gt;</description><pubDate>Tue, 22 Apr 2008 13:40:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-48-poete-nous-te-pleurons.html</guid></item><item><title>Communion entre un destin exceptionnel et toutes les destinées qui composent un pays</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-47-communion-entre-un-destin-exceptionnel-et-toutes-les-destinees-qui-composent-un-pays.html</link><description>&lt;div align="justify"&gt;Je reviens ce soir de la Martinique où j’ai participé, avec la délégation de la Guadeloupe, aux obsèques nationales d’Aimé Césaire. Un moment d’une densité telle que l’on oubliait le corps même de Césaire dans le cocon de la mort pour vibrer à la haute fréquence de sa poésie et de son amour pour la Martinique. C’est tout le sens de son œuvre, de ses combats qui se matérialisait dans la foule qui, pour une fois, faisait peuple et dans l’hommage rendu par la présence des dignitaires de la France, de l’Afrique, de la Guadeloupe, de la Martinique et d’autres lieux du monde.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Ce corps exposé là répandait en tous l’énergie d’une fierté et la lumière solennelle de la dignité. Etroite communion entre un destin exceptionnel et toutes les destinées qui composent un pays. Etroite communion entre la houle des mots, la rébellion d’une pensée, la puissance d’un vouloir et les officiants d’une cérémonie d’adieu lourde, déjà, d’un manque à venir. Etroite communion entre la solitude tragique du poète et l’affection populaire d’où se lève sa légende de Père de la Nation.&lt;br&gt;&lt;br&gt;J’ai regardé le visage de ses enfants, Jean-Paul, Marc, et j’ai vu dans leurs yeux la force tranquille des orphelins qui recueillent le meilleur des héritages : celui d’un nom ensouché dans l’avenir.&lt;br&gt;&lt;br&gt;J’ai regardé les délégations de l’Etat, du Parti Socialiste Français, du Sénégal, etc. et j’ai vu l’ombre projeté par une négritude à la fois incandescente, insolente et pourtant fille de l’universel.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Césaire, armé de son éternité, entrait dans nos chairs comme un levain et mettait dans nos cœurs le rouge balisier d’une exigence à assumer.&lt;br&gt;&lt;br&gt;C’était là toute la valeur de la prestation de Daniel Maximin, de Jacques Martial et d’Akonio Dolo. Ils ont donné aux mots le poids d’un testament, la richesse d’un legs, le bourdonnement d’un orage et le tranchant de la beauté. Jacques Martial avec son beau visage noir élevait la parole comme une hostie, remuait des douleurs et faisait exploser la poudrière des surdités contraires. La parole était là écrasant les petitesses, secouant les engourdissements, plantant à jamais l’arbre où la poésie intacte allaite les racines et illumine les oiseaux de l’espérance. Parole de guerrier investi. Parole de croyant fidèle à son humanité. Parole d’initié, de sorcier, de roi ouvrant le chemin à pas de soif bonne et de coulées de lave. Parole de soleil coupé et de terre promise. Parole droite et drue dont la pluie féconde les urgences et les impatiences d’un devenir contrarié. Parole prêtée, offerte, volée au feu des sacrifices et à la justice des forges. Parole restituée à son socle de volcan, à la pureté aveuglante de la mort, à sa vérité biblique. Parole de secousse sismique et de mer généreusement enflée par la rage du vent. Parole d’hippocampe blessé et qui nous arrache du piège de l’hameçon. Parole libre et qui s’enivre de sa liberté d’île démarrée.&lt;br&gt;&lt;br&gt;C’est cela qui habitait Jacques Martial et qui l’élevait au-dessus des étoiles.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et nous avons reçu, tant et tant, qu’il nous faudra plus que des oreilles pour entendre la vivifiante cadence d’un free-jazz, les assauts incessants d’un tambour. Plus qu’un mémoire pour comprendre que dans cette mort, sur sa crête silencieuse, la vie nous invitait à vivre non pas en fils d’esclaves mais en accoucheurs de nous-mêmes. A nous, désormais, l’apaisement des mythes fondateurs et la belle violence d’un acte de naissance.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Et j’ai senti mes épaules plus lourdes de cette responsabilité, mon cœur si fragile d’avoir à inventer ses ailes, mon histoire hélée pour moi, m’appelant, m’épelant vers la gratitude du fils qui dit merci à la révolte rédemptrice. Je me suis senti naître et renaître à cette immense perfection du NON et au balan d’un OUI fermenté dans la cuve des mornes, des marronnages, des mangroves, des latitudes où l’homme s’élève à l’homme sans avoir à demander pardon d’exister, sans couleur infâmante, sans regard condescendant, sans savoir excluant, sans être prisonnier des bonnes manières imposées, des ressemblances préfabriquées, des courtisaneries obligées…Oui à l’homme, non au colonisé, au trépané, à l’assisté.&lt;br&gt;&lt;br&gt;C’est ce Oui là que j’ai entendu dans la voix centenaire du Docteur Aliker. « Les seuls spécialistes de la Martinique, ce sont les martiniquais ! ». Belle parole ! Sans haine ! Sans arrogance ! Lucide et prophétique. Belle parole qu’une jeunesse, dans les tribunes a recueilli comme la perle d’une eau de pluie. Jacques Roumain appelait cela gouverner la rosée…&lt;br&gt;&lt;br&gt;Il y a dans nos îles tant de rosée à gouverner ! Il y a sur la terre tant de pays à irriguer ! Mais c’est en nous-mêmes qu’il faut inventer les points d’eau !&lt;br&gt;&lt;br&gt;J’ai quitté la cérémonie, derrière le cercueil soulevé par les applaudissements. Un homme partait vers sa dernière demeure. Il avait tenu à nous dire qu’il nous aimait et nous sentions que son panthéon, son seul vrai panthéon, c’était ce message là, enfoui dans nos cœurs, telle une graine. Une toute petite graine ! Et cette graine là, notre arme miraculeuse, saurait trouver la route des arrivées.&lt;/div&gt; </description><pubDate>Tue, 22 Apr 2008 13:38:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-47-communion-entre-un-destin-exceptionnel-et-toutes-les-destinees-qui-composent-un-pays.html</guid></item><item><title>Aimé Césaire</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-43-aime-cesaire.html</link><description>&lt;em&gt;&lt;div align="center"&gt;Il gémissait en tirant sur ses chaînes&lt;br&gt;Il habitait encore un cauchemar de bateau négrier&lt;br&gt;Il semait les graines d'un voyage sans retour&lt;br&gt;Personne ne le voyait&lt;br&gt;Une trompette de jazz incendiait ses mains noires&lt;br&gt;Un volcan lui tendait une fleur de corail rouge&lt;br&gt;Ses mots lapidés saignaient&lt;br&gt;Sa poésie allumait un gâteau de lucioles&lt;br&gt;Conjurait des épouvantails&lt;br&gt;Rongeait un songe de pays natal&lt;br&gt;Sa poésie demandait raison aux livres de bord&lt;br&gt;Illuminait l'Afrique&lt;br&gt;Tournait folle dans la toupie des îles&lt;br&gt;Et la nuit soutenait son regard de royaume dispersé&lt;br&gt;Debout dans sa peau&lt;br&gt;Seul au bout de sa nuit&lt;br&gt;Il déclamait un poème d'îles froissées&lt;br&gt;effeuillait un calendrier lagunaire&lt;br&gt;et de blessure sacrée&lt;br&gt;Au bout du petit matin&lt;br&gt;Inconsolable&lt;br&gt;il accouchait d'un continent perdu&lt;br&gt;Au bout du petit matin&lt;br&gt;il criait&lt;br&gt;Nègreje suis! Nègre je resterai&lt;/div&gt;&lt;em&gt;&lt;/em&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;</description><pubDate>Mon, 14 Apr 2008 17:44:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-43-aime-cesaire.html</guid></item><item><title>PRESENTATION DE LA LITTERATURE ANTILLAISE</title><link>http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-34-presentation-de-la-litterature-antillaise.html</link><description>&lt;br&gt;&lt;div align="justify"&gt;   Deux sources originelles ont profondément marqué la littérature antillaise. La première est issue du travail des chroniqueurs (Le Père Labat, Le Père Du Tertre) dont l’ambition était de décrire les réalités nouvelles qu’ils découvraient et, si possible, d’inventorier les formes d’existence, les mœurs et les coutumes des sociétés de plantation. La seconde provient du conte créole où se déployait l’imaginaire des esclaves dans une logique de compensation et d’inversion transgressive des valeurs imposées. Autrement dit, dès l’abord, cette littérature est née sous le signe de l’étrangeté voire de l’altérité.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Sont venus ensuite les écrivains blancs créoles que l’on pourrait diviser en deux catégories : ceux qui défendaient l’idéologie esclavagiste (Lemerle) et ceux qui, oublieux de leur créolité, aspiraient à se fondre dans le paysage littéraire de la France( Joseph Delrieu né en Guadeloupe en 1762). Certains ont d’ailleurs réussi à l’instar de Vincent Campenon (né en Guadeloupe en 1772)&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Il s’agit en réalité d’une sorte pré-littérature ou d’une archéolittérature aujourd’hui quasiment ignorée du grand public.&lt;br&gt;Le premier mouvement décrit comme « doudouiste » ou exotique fera l’apologie des îles paradisiaques (fleurs, sable blanc, oiseaux, belles « doudous », alizés, etc.) en insistant sur la beauté des paysages et la douceur de vivre. Ce faisant, non seulement, elle confortait les clichés d’une France avide d’exotisme, mais encore, elle ignorait quasiment la complexité et la dureté de la vie sociale où dominent l’exploitation et le mépris des noirs et des indiens, la surexploitation des masses populaires, les différentes formes de résistance des travailleurs, l’errance sexuelle des hommes, la fragilité des familles, l’aliénation et la frustration du plus grand nombre.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Cette littérature que l’on a qualifiée abusivement de « mensongère » annonce en réalité le début d’une prise de conscience encore naïve qui tend à sa manière de valoriser, en partie, la réalité des îles. Virgile Savane (né en 1865 à Saint-Pierre de la Martinique), Victor Duquesnay (né en 1872 au Marin de la Martinique), Daniel Thaly (né en 1879 à Roseau de la Dominique) furent les grands peintres de cette vision extasiée et aliénée des Antilles.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   En dépit de son évolution vers un régionalisme plus conscient et plus digne, illustré en Guadeloupe par Florette Morand, Yves  Marsolles, Gilbert de Chambertrand, le doudouisme ou ses avatars apparaissent comme la maladie infantile de l’identité antillaise.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   C’est contre ce doudouisme que va émerger la négritude d’Aimé Césaire (Martinique), de Léopold Sedar Senghor 5sénégal) et de Léon-Gontrand Damas (Guyane), dont les racines sont à rechercher en Haïti (Price-Mars), en Jamaïque (Marcus Garvey, Claude Mac Kay), aux Etats-Unis (Langston Hughes, Countee Cullen) et bien sûr à Paris où ce mouvement a vu le jour avec le soutien des surréalistes (Robert Desnos, André Breton) et de Jean-Paul Sartre. &lt;br&gt;&lt;br&gt;   Il a été dit que la négritude fit l’effet d’un coup de pistolet dans un bal dans la mesure où elle prenait à rebours les conceptions antérieures. Désormais, il était « bel et bon d’être nègre », la femme noire était célébrée, l’Afrique encensée. Désormais, le colonialisme était décrié avec les mots virulents du « Discours sur le colonialisme » et le 1er Congrès des Ecrivains noirs (1958) cherchait difficilement à trouver l’unité du « monde noir ».&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Cependant des divergences notables virent le jour. Entre les irréductibles (Gilbert de Chambertrand) qui refusaient de se convertir. Les sceptiques (Frantz Fanon) qui regardaient d’un œil critique et ceux qui se situaient résolument ailleurs (Saint-John Perse/ Edouard Glissant/ Maryse Condé) les attitudes de défiance et même d’hostilité se multiplièrent même si Aimé Césaire affirmait que « la négritude n’est rien d’autre que la postulation irritée de la fraternité ».&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Joseph Zobel(Martinique), avec ses deux principaux romans (La rue Case-nègres et Diab’la), peut être considéré comme l’un des rares romanciers antillais accompagnant la négritude.&lt;br&gt;&lt;br&gt;C’est dans un pareil contexte qu’Edouard Glissant va lancer la notion d’antillanité en privilégiant non pas la « race » mais l’histoire et la culture de la Caraïbe inscrite dans les traces du paysage et les réseaux souterrains de la conscience. Il faut selon lui privilégier ce que sont devenus les antillais et les caribéens depuis qu’ils ont quitté la « matrice » du bateau négrier. Un texte théorique de référence viendra expliciter sa lecture : Le Discours Antillais.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Même si, certains auteurs de la Caraïbe comme Derek Walcott et Kamau Brathwaite semblent,  chacun de leurs côtés, proches des idées développées par Edouard Glissant, il demeura relativement solitaire dans sa démarche. Le poète guadeloupéen Guy Tirolien n’en était pas pourtant très éloigné.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Après la fascination latino-américaine de Vincent Placoly et de Xavier Orville, les fondateurs de la créolité (Patrick Chamoiseau, Raphael Confiant et Jean Bernabé) vont largement s’inspirer des travaux d’Edouard Glissant.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Ils prennent la négritude, déjà très affaiblie par de nombreux contestataires, à contre-pied en se proclamant « créole » et en traçant de nouvelles perspectives idéologiques et esthétiques pour la littérature antillaise. &lt;br&gt;&lt;br&gt;   Il faut noter que la créolité n’est pas sortie toute armée de « L’Eloge de la Créolité ». Elle avait été précédée par les œuvres remarquables de Simone Schwarz-Bart (Pluie et Vent sur Télumée-Miracle) et quasi expérimentale de Germain William (Aurélien a paré le saut). D’une certaine façon la littérature haïtienne demeurait porteuse d’une indéniable créolité et des précurseurs avaient balisé la voie. Ce fut le cas de Rémi Nainsouta (Guadeloupe) et des membres de l’Académie Créole.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Toujours est-il que le « mouvement de la créolité » a connu un succès sans précédent couronné par le prestigieux Prix Goncourt de Patrick Chamoiseau. Son influence a dépassé les frontières de la Martinique et suscité de riches débats au sein des universités américaines et françaises. En Guadeloupe, Gisèle Pineau, Ernest Pépin, Max Jeanne et Max Rippon ont, de manière partielle ou totale, adhéré à cette mouvance refusée par Maryse Condé et ignorée par Daniel Maximin.&lt;br&gt;&lt;br&gt;Par ailleurs, les Antilles ont connu l’émergence d’une littérature en langue créole portée par Sony Rupaire, Max Rippon, Sylviane Telchid, Hector Poullet, Marie-Thérèse Léontin, Monchoachi. Ne disposant pas encore de suffisamment de moyens d’édition et de diffusion, elle ne bénéficie pas encore du rayonnement qu’elle mérite.&lt;br&gt;&lt;br&gt;   Les œuvres littéraires foisonnantes d’aujourd’hui échappent progressivement à des « canons » figés. Elles proposent, de plus en plus, une lecture du réel plus proche de la subjectivité des auteurs.&lt;br&gt;Portée par la nécessité d’affirmer une identité spécifique, par la dénonciation des méfaits du colonialisme, par les conflits opposant modernité et tradition, par tous les traumatismes de la mémoire collective et par l’ouverture au monde, la littérature antillaise poursuit sa route vers un « soleil de la conscience » toujours à atteindre. A l’heure de la mondialisation et du « Tout-monde » d’Edouard Glissant, elle prend toute sa place dans le concert des littératures tourmentées par les concepts de migration, d’errance, de relation qui sont au cœur de l’œuvre de Maryse Condé.&lt;/div&gt; &lt;br&gt;&lt;br&gt;Ernest Pépin&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;ul&gt;&lt;br&gt; &lt;li&gt;BIBLIOGRAPHIE&lt;/li&gt;&lt;br&gt;&lt;/ul&gt;&lt;br&gt;René Maran : Batouala (1921) Prix Goncourt&lt;br&gt;Saint-John Perse : Anabase (1924)&lt;br&gt;			: Exil (1942)&lt;br&gt;			: Pluies (1943)&lt;br&gt;			: Vents (1946)&lt;br&gt;			: Amers (1957)&lt;br&gt;			: Chronique (1959)&lt;br&gt;			: Oiseaux (1962)&lt;br&gt;			: Œuvres complètes (1972)&lt;br&gt;Pierre Baudot : Œuvres créoles (1936)&lt;br&gt;Léon Gontran Damas : Pigments (1937)&lt;br&gt;				: Veillées noires (1943)&lt;br&gt;				: Poètes d’expression française (1947)&lt;br&gt;				: Poèmes nègres sur des airs africains (1948)&lt;br&gt;				: Graffiti (1952)&lt;br&gt;				: Black-Label (1956)&lt;br&gt;				: Névralgies (1966)&lt;br&gt;&lt;br&gt;Aimé Césaire : Cahier d’un retour au pays natal (1939)&lt;br&gt;			: Les armes miraculeuses (1946)&lt;br&gt;			: Soleil Cou coupé (1948)&lt;br&gt;			: Corps perdu (1950)&lt;br&gt;			: Discours sur le colonialisme (1950)&lt;br&gt;			: Et les chiens se taisaient (1956)&lt;br&gt;			: Lettre à Maurice Thorez (1956)&lt;br&gt;			: Ferrements (1960)&lt;br&gt;			: Toussaint Louverture (1960)&lt;br&gt;			: Cadastre (1961)&lt;br&gt;			: La tragédie du roi Christophe (1963)&lt;br&gt;			: Une Saison au Congo (1967)&lt;br&gt;			: Une tempête (1969)&lt;br&gt;&lt;br&gt;Gilbert de Chambertrand : Images guadeloupéennes (1939)&lt;br&gt;					: Titine Grosbonda (1947)&lt;br&gt;					: La Guadeloupe (1957)&lt;br&gt;					: Cœurs Créoles (1958)&lt;br&gt;Joseph Zobel : Diab’la (1945)&lt;br&gt;			: Les jours immobiles (1946)&lt;br&gt;			: Le laghia de la mort (1946)&lt;br&gt;			: La Rue Cases-Nègres (1950)&lt;br&gt;			: Le soleil partagé (1964)&lt;br&gt;René Clarac : Bagamba, nègre marron (1947)&lt;br&gt;Jean-Louis Baghio’o : Issandre le Mulâtre (1949)&lt;br&gt;					: Le Flamboyant à fleurs bleues (1973)&lt;br&gt;Mayotte Capécia : La négresse blanche (1950)&lt;br&gt;Léonard Sainville : Dominique, Nègre Esclave (1951)&lt;br&gt;Frantz Fanon : Peau noire, masques blancs (1952)&lt;br&gt;			: Sociologie d’une révolution (1959)&lt;br&gt;			: Les Damnés de la terre (1961)&lt;br&gt;			: Pour la révolution africaine (1964)&lt;br&gt;Edouard Glissant : Un champ d’îles (1953)&lt;br&gt;				: La terre inquiète (1954)&lt;br&gt;				: Les Indes (1956)&lt;br&gt;				: Soleil de la conscience (1956)&lt;br&gt;				: La Lézarde (Prix Renaudot) (1958)&lt;br&gt;				: Le Sel noir (1960)&lt;br&gt;				: Le sang rivé (1961)&lt;br&gt;				: Monsieur Toussaint (1961)&lt;br&gt;				: Le Quatrième siècle (1964)&lt;br&gt;				: L’intention poétique (1969)&lt;br&gt;				: Malemort (1975)&lt;br&gt;Florette Morand : Mon cœur est un oiseau des îles (1954)&lt;br&gt;				: Biguines (1956)&lt;br&gt;				: Chanson pour ma savane (1959)&lt;br&gt;				: Feu de brousse (1967)&lt;br&gt;Guy Tirolien : Balles d’or (1961)&lt;br&gt;Bertène Juminer : Les bâtards (1961)&lt;br&gt;				: La revanche de Bozambo (1968)&lt;br&gt;			: Au seuil d’un nouveau cri (1963)&lt;br&gt;Salvat Etchart : Les nègres servent d’exemple (1964)&lt;br&gt;			: Le monde tel qu’il est (1967)&lt;br&gt;Paul Niger : Les grenouilles du Mont Kimbo (1964)&lt;br&gt;Daniel Boukman : Chant pour hâter la mort du temps des Orphée (1967)&lt;br&gt;				: Les Négriers (1971)&lt;br&gt;				: Ventres pleins, ventres creux (1971)&lt;br&gt;Simone et André Schwarz-Bart : Un plat de porc aux bananes vertes (1967)&lt;br&gt;André Schwarz-Bart : La mulâtresse Solitude (1972)&lt;br&gt;Simone Schwarz-Bart : Pluie et Vent sur Télumée-Miracle (1972)&lt;br&gt;Vincent Placoly : La Vie et la mort de Marcel Gonstran (1971)&lt;br&gt;				: L’eau-de-mort guildive (1973)&lt;br&gt;Sony Rupaire : Cette igname brisée qu’est ma terre natale (1971)&lt;br&gt;Maryse Condé : Dieu nous l’a donné (1972)&lt;br&gt;			: La mort d’Oluwémi d’Ajumako (1973)&lt;br&gt;			: Heremakhonon (1976)&lt;br&gt;Jacqueline Manicom : Mon examen de Blanc (1972)&lt;br&gt;					: La Graine (1974)&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;em&gt;&lt;br&gt;&lt;div align="justify"&gt;Cette liste n’est pas exhaustive. Elle résulte du travail de Jack Corzani (La littérature des Antilles Françaises, Tome VI – éditions Désormeaux / 1978).&lt;br&gt;Pour ce qui est de l’après 1976 les écrivains majeurs ont continué leur création (Aimé Césaire, Edouard Glissant, Maryse Condé) ou ont été frappés par la mort (Bertène Juminer, Vincent Placoly, Xavier Orville, Joseph Zobel, André Schwarz-Bart , par exemple). D’autres ont fait leur apparition :&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;&lt;br&gt;&lt;br&gt;GUADELOUPE&lt;br&gt;Ernest Pépin&lt;br&gt;Gisèle Pineau&lt;br&gt;Max Jeanne&lt;br&gt;Max Rippon&lt;br&gt;Daniel Maximin&lt;br&gt;Lucie Julia&lt;br&gt;Roger Toumson&lt;br&gt;Etc.&lt;br&gt;MARTINIQUE&lt;br&gt;Patrick Chamoiseau&lt;br&gt;Raphaël Confiant&lt;br&gt;Jean Bernabé&lt;br&gt;Ina Césaire&lt;br&gt;Fabienne Kanor&lt;br&gt;Etc.&lt;br&gt;&lt;br&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;em&gt;Compte tenu des moyens modernes, il est recommandé de consulter les sites Internet consacrés à la littérature antillaise d’aujourd’hui (notamment « île en île ») ou de rechercher par les entrées de nom ou de thème les informations permettant de connaître l’ensemble de leurs œuvres.&lt;/em&gt;&lt;/div&gt;</description><pubDate>Thu, 13 Mar 2008 17:05:00 GMT</pubDate><guid isPermaLink="false">http://ernestpepin.caribcreole1.com/blog-34-presentation-de-la-litterature-antillaise.html</guid></item></channel>
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