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Ernest Pépin

14 avril 2008

Aimé Césaire

Il gémissait en tirant sur ses chaînes
Il habitait encore un cauchemar de bateau négrier
Il semait les graines d'un voyage sans retour
Personne ne le voyait
Une trompette de jazz incendiait ses mains noires
Un volcan lui tendait une fleur de corail rouge
Ses mots lapidés saignaient
Sa poésie allumait un gâteau de lucioles
Conjurait des épouvantails
Rongeait un songe de pays natal
Sa poésie demandait raison aux livres de bord
Illuminait l'Afrique
Tournait folle dans la toupie des îles
Et la nuit soutenait son regard de royaume dispersé
Debout dans sa peau
Seul au bout de sa nuit
Il déclamait un poème d'îles froissées
effeuillait un calendrier lagunaire
et de blessure sacrée
Au bout du petit matin
Inconsolable
il accouchait d'un continent perdu
Au bout du petit matin
il criait
Nègreje suis! Nègre je resterai



Posté par Ernest Pépin à 13:44  -  Littérature Antillaise  -  Commentaires [0]  -  Lien permanent [#]

13 mars 2008

PRESENTATION DE LA LITTERATURE ANTILLAISE


Deux sources originelles ont profondément marqué la littérature antillaise. La première est issue du travail des chroniqueurs (Le Père Labat, Le Père Du Tertre) dont l’ambition était de décrire les réalités nouvelles qu’ils découvraient et, si possible, d’inventorier les formes d’existence, les mœurs et les coutumes des sociétés de plantation. La seconde provient du conte créole où se déployait l’imaginaire des esclaves dans une logique de compensation et d’inversion transgressive des valeurs imposées. Autrement dit, dès l’abord, cette littérature est née sous le signe de l’étrangeté voire de l’altérité.

Sont venus ensuite les écrivains blancs créoles que l’on pourrait diviser en deux catégories : ceux qui défendaient l’idéologie esclavagiste (Lemerle) et ceux qui, oublieux de leur créolité, aspiraient à se fondre dans le paysage littéraire de la France( Joseph Delrieu né en Guadeloupe en 1762). Certains ont d’ailleurs réussi à l’instar de Vincent Campenon (né en Guadeloupe en 1772)

Il s’agit en réalité d’une sorte pré-littérature ou d’une archéolittérature aujourd’hui quasiment ignorée du grand public.
Le premier mouvement décrit comme « doudouiste » ou exotique fera l’apologie des îles paradisiaques (fleurs, sable blanc, oiseaux, belles « doudous », alizés, etc.) en insistant sur la beauté des paysages et la douceur de vivre. Ce faisant, non seulement, elle confortait les clichés d’une France avide d’exotisme, mais encore, elle ignorait quasiment la complexité et la dureté de la vie sociale où dominent l’exploitation et le mépris des noirs et des indiens, la surexploitation des masses populaires, les différentes formes de résistance des travailleurs, l’errance sexuelle des hommes, la fragilité des familles, l’aliénation et la frustration du plus grand nombre.

Cette littérature que l’on a qualifiée abusivement de « mensongère » annonce en réalité le début d’une prise de conscience encore naïve qui tend à sa manière de valoriser, en partie, la réalité des îles. Virgile Savane (né en 1865 à Saint-Pierre de la Martinique), Victor Duquesnay (né en 1872 au Marin de la Martinique), Daniel Thaly (né en 1879 à Roseau de la Dominique) furent les grands peintres de cette vision extasiée et aliénée des Antilles.

En dépit de son évolution vers un régionalisme plus conscient et plus digne, illustré en Guadeloupe par Florette Morand, Yves Marsolles, Gilbert de Chambertrand, le doudouisme ou ses avatars apparaissent comme la maladie infantile de l’identité antillaise.

C’est contre ce doudouisme que va émerger la négritude d’Aimé Césaire (Martinique), de Léopold Sedar Senghor 5sénégal) et de Léon-Gontrand Damas (Guyane), dont les racines sont à rechercher en Haïti (Price-Mars), en Jamaïque (Marcus Garvey, Claude Mac Kay), aux Etats-Unis (Langston Hughes, Countee Cullen) et bien sûr à Paris où ce mouvement a vu le jour avec le soutien des surréalistes (Robert Desnos, André Breton) et de Jean-Paul Sartre.

Il a été dit que la négritude fit l’effet d’un coup de pistolet dans un bal dans la mesure où elle prenait à rebours les conceptions antérieures. Désormais, il était « bel et bon d’être nègre », la femme noire était célébrée, l’Afrique encensée. Désormais, le colonialisme était décrié avec les mots virulents du « Discours sur le colonialisme » et le 1er Congrès des Ecrivains noirs (1958) cherchait difficilement à trouver l’unité du « monde noir ».

Cependant des divergences notables virent le jour. Entre les irréductibles (Gilbert de Chambertrand) qui refusaient de se convertir. Les sceptiques (Frantz Fanon) qui regardaient d’un œil critique et ceux qui se situaient résolument ailleurs (Saint-John Perse/ Edouard Glissant/ Maryse Condé) les attitudes de défiance et même d’hostilité se multiplièrent même si Aimé Césaire affirmait que « la négritude n’est rien d’autre que la postulation irritée de la fraternité ».

Joseph Zobel(Martinique), avec ses deux principaux romans (La rue Case-nègres et Diab’la), peut être considéré comme l’un des rares romanciers antillais accompagnant la négritude.

C’est dans un pareil contexte qu’Edouard Glissant va lancer la notion d’antillanité en privilégiant non pas la « race » mais l’histoire et la culture de la Caraïbe inscrite dans les traces du paysage et les réseaux souterrains de la conscience. Il faut selon lui privilégier ce que sont devenus les antillais et les caribéens depuis qu’ils ont quitté la « matrice » du bateau négrier. Un texte théorique de référence viendra expliciter sa lecture : Le Discours Antillais.

Même si, certains auteurs de la Caraïbe comme Derek Walcott et Kamau Brathwaite semblent, chacun de leurs côtés, proches des idées développées par Edouard Glissant, il demeura relativement solitaire dans sa démarche. Le poète guadeloupéen Guy Tirolien n’en était pas pourtant très éloigné.

Après la fascination latino-américaine de Vincent Placoly et de Xavier Orville, les fondateurs de la créolité (Patrick Chamoiseau, Raphael Confiant et Jean Bernabé) vont largement s’inspirer des travaux d’Edouard Glissant.

Ils prennent la négritude, déjà très affaiblie par de nombreux contestataires, à contre-pied en se proclamant « créole » et en traçant de nouvelles perspectives idéologiques et esthétiques pour la littérature antillaise.

Il faut noter que la créolité n’est pas sortie toute armée de « L’Eloge de la Créolité ». Elle avait été précédée par les œuvres remarquables de Simone Schwarz-Bart (Pluie et Vent sur Télumée-Miracle) et quasi expérimentale de Germain William (Aurélien a paré le saut). D’une certaine façon la littérature haïtienne demeurait porteuse d’une indéniable créolité et des précurseurs avaient balisé la voie. Ce fut le cas de Rémi Nainsouta (Guadeloupe) et des membres de l’Académie Créole.

Toujours est-il que le « mouvement de la créolité » a connu un succès sans précédent couronné par le prestigieux Prix Goncourt de Patrick Chamoiseau. Son influence a dépassé les frontières de la Martinique et suscité de riches débats au sein des universités américaines et françaises. En Guadeloupe, Gisèle Pineau, Ernest Pépin, Max Jeanne et Max Rippon ont, de manière partielle ou totale, adhéré à cette mouvance refusée par Maryse Condé et ignorée par Daniel Maximin.

Par ailleurs, les Antilles ont connu l’émergence d’une littérature en langue créole portée par Sony Rupaire, Max Rippon, Sylviane Telchid, Hector Poullet, Marie-Thérèse Léontin, Monchoachi. Ne disposant pas encore de suffisamment de moyens d’édition et de diffusion, elle ne bénéficie pas encore du rayonnement qu’elle mérite.

Les œuvres littéraires foisonnantes d’aujourd’hui échappent progressivement à des « canons » figés. Elles proposent, de plus en plus, une lecture du réel plus proche de la subjectivité des auteurs.
Portée par la nécessité d’affirmer une identité spécifique, par la dénonciation des méfaits du colonialisme, par les conflits opposant modernité et tradition, par tous les traumatismes de la mémoire collective et par l’ouverture au monde, la littérature antillaise poursuit sa route vers un « soleil de la conscience » toujours à atteindre. A l’heure de la mondialisation et du « Tout-monde » d’Edouard Glissant, elle prend toute sa place dans le concert des littératures tourmentées par les concepts de migration, d’errance, de relation qui sont au cœur de l’œuvre de Maryse Condé.


Ernest Pépin



  • BIBLIOGRAPHIE


René Maran : Batouala (1921) Prix Goncourt
Saint-John Perse : Anabase (1924)
: Exil (1942)
: Pluies (1943)
: Vents (1946)
: Amers (1957)
: Chronique (1959)
: Oiseaux (1962)
: Œuvres complètes (1972)
Pierre Baudot : Œuvres créoles (1936)
Léon Gontran Damas : Pigments (1937)
: Veillées noires (1943)
: Poètes d’expression française (1947)
: Poèmes nègres sur des airs africains (1948)
: Graffiti (1952)
: Black-Label (1956)
: Névralgies (1966)

Aimé Césaire : Cahier d’un retour au pays natal (1939)
: Les armes miraculeuses (1946)
: Soleil Cou coupé (1948)
: Corps perdu (1950)
: Discours sur le colonialisme (1950)
: Et les chiens se taisaient (1956)
: Lettre à Maurice Thorez (1956)
: Ferrements (1960)
: Toussaint Louverture (1960)
: Cadastre (1961)
: La tragédie du roi Christophe (1963)
: Une Saison au Congo (1967)
: Une tempête (1969)

Gilbert de Chambertrand : Images guadeloupéennes (1939)
: Titine Grosbonda (1947)
: La Guadeloupe (1957)
: Cœurs Créoles (1958)
Joseph Zobel : Diab’la (1945)
: Les jours immobiles (1946)
: Le laghia de la mort (1946)
: La Rue Cases-Nègres (1950)
: Le soleil partagé (1964)
René Clarac : Bagamba, nègre marron (1947)
Jean-Louis Baghio’o : Issandre le Mulâtre (1949)
: Le Flamboyant à fleurs bleues (1973)
Mayotte Capécia : La négresse blanche (1950)
Léonard Sainville : Dominique, Nègre Esclave (1951)
Frantz Fanon : Peau noire, masques blancs (1952)
: Sociologie d’une révolution (1959)
: Les Damnés de la terre (1961)
: Pour la révolution africaine (1964)
Edouard Glissant : Un champ d’îles (1953)
: La terre inquiète (1954)
: Les Indes (1956)
: Soleil de la conscience (1956)
: La Lézarde (Prix Renaudot) (1958)
: Le Sel noir (1960)
: Le sang rivé (1961)
: Monsieur Toussaint (1961)
: Le Quatrième siècle (1964)
: L’intention poétique (1969)
: Malemort (1975)
Florette Morand : Mon cœur est un oiseau des îles (1954)
: Biguines (1956)
: Chanson pour ma savane (1959)
: Feu de brousse (1967)
Guy Tirolien : Balles d’or (1961)
Bertène Juminer : Les bâtards (1961)
: La revanche de Bozambo (1968)
: Au seuil d’un nouveau cri (1963)
Salvat Etchart : Les nègres servent d’exemple (1964)
: Le monde tel qu’il est (1967)
Paul Niger : Les grenouilles du Mont Kimbo (1964)
Daniel Boukman : Chant pour hâter la mort du temps des Orphée (1967)
: Les Négriers (1971)
: Ventres pleins, ventres creux (1971)
Simone et André Schwarz-Bart : Un plat de porc aux bananes vertes (1967)
André Schwarz-Bart : La mulâtresse Solitude (1972)
Simone Schwarz-Bart : Pluie et Vent sur Télumée-Miracle (1972)
Vincent Placoly : La Vie et la mort de Marcel Gonstran (1971)
: L’eau-de-mort guildive (1973)
Sony Rupaire : Cette igname brisée qu’est ma terre natale (1971)
Maryse Condé : Dieu nous l’a donné (1972)
: La mort d’Oluwémi d’Ajumako (1973)
: Heremakhonon (1976)
Jacqueline Manicom : Mon examen de Blanc (1972)
: La Graine (1974)


Cette liste n’est pas exhaustive. Elle résulte du travail de Jack Corzani (La littérature des Antilles Françaises, Tome VI – éditions Désormeaux / 1978).
Pour ce qui est de l’après 1976 les écrivains majeurs ont continué leur création (Aimé Césaire, Edouard Glissant, Maryse Condé) ou ont été frappés par la mort (Bertène Juminer, Vincent Placoly, Xavier Orville, Joseph Zobel, André Schwarz-Bart , par exemple). D’autres ont fait leur apparition :


GUADELOUPE
Ernest Pépin
Gisèle Pineau
Max Jeanne
Max Rippon
Daniel Maximin
Lucie Julia
Roger Toumson
Etc.
MARTINIQUE
Patrick Chamoiseau
Raphaël Confiant
Jean Bernabé
Ina Césaire
Fabienne Kanor
Etc.

Compte tenu des moyens modernes, il est recommandé de consulter les sites Internet consacrés à la littérature antillaise d’aujourd’hui (notamment « île en île ») ou de rechercher par les entrées de nom ou de thème les informations permettant de connaître l’ensemble de leurs œuvres.

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